CONGRÈS du GFEN à ST OUEN (du 6
au 9 juillet 2010)
Tous capables : du défi aux
actes...
Les pratiques en question
Jacques Bernardin
Pour un congrès ouvert et dynamique...
La période pourrait nous
accabler. Déferlante destructrice de bien des acquis sociaux et vision terne de
l'avenir se conjuguent pour entretenir la désespérance, le repli sur soi, le
renoncement à agir sur le cours des choses. Déshabillée de ses moyens,
critiquée dans ses fondements, sommée de s'aligner sur des logiques
entrepreneuriales au nom d'un pragmatisme de l'efficacité, l'école n'échappe
pas à cette lame de fond. Chacun se met à douter de ses propres convictions,
s'use à tenter de répondre aux contraintes institutionnelles et, constatant la
portée dérisoire d'un engagement professionnel accru, n'y croit plus...
Et pourtant... Nul ne peut se résoudre à agir durablement sans horizon. Au-delà de l'expression citoyenne qui a entamé la belle assurance d'une légitimité désormais discutable, des actions, des collectifs, des initiatives poussent comme la semence malgré le sol piétiné.
Sur le terrain éducatif, la dégradation de la situation amène les acteurs à reparler de handicap socioculturel, influencés par les discours sur la « diversité des talents », déstabilisés par l'inefficacité de leurs efforts pour aider les élèves. L'aggravation des conditions de travail et l'accumulation des prescriptions usent psychiquement, contribuent au repli sur soi et à l'isolement. Fataliste et isolé, chacun participe malgré lui à l'asservissement des perdants.
« Reprendre la main » sur les affaires qui nous concernent, c'est
toute l'ambition de notre prochain congrès, ouvert à tous, qui travaillera
trois axes majeurs.
1/ Les conditions du « tous capables ». Naguère slogan posant un défi pédagogique aux allures de provocation sociale, nous avons aujourd'hui confirmation scientifique de cette audace. L'apport des neurosciences ouvre large les portes des possibles en matière éducative. Encore faut-il identifier les éléments qui dynamisent le développement. C'est ce que nous essaierons de cerner à partir de démarches et ateliers vécus, d'expériences et de stratégies ayant pu opérer dans ce sens sur des terrains réputés « difficiles » (en RASED, SEGPA, dispositifs relais, dans le cadre de la PJJ, avec des publics en situation d'illettrisme...).
Sylviane Giampino, psychanalyste et psychologue, co-auteur de « Nos enfants sous haute surveillance »,
initiatrice des mouvements « Zéro de conduite » et « Pas de bébé
à la consigne » évoquera les enjeux actuels autour de la petite enfance,
les risques individuels et sociaux d'une évaluation précoce. Contre tout
déterminisme, l'avenir des enfants dérangeants n'est pas écrit d'avance ... pas
plus que celui des enfants « mal partis » dans leur scolarité.
2/ Se construire dans la solidarité. Contre les sirènes de l'individualisme, il nous faut réaffirmer le rôle proprement « essentiel » de l'échange avec l'autre, tant pour s'approprier les connaissances et compétences que pour élaborer son identité. Jean-Yves Rochex interviendra, sur la base des travaux croisés de Wallon, Vygotski et Canguilhem notamment, sur la dialectique moi / les autres lors du processus de personnalisation.
Des ateliers et démarches dans une diversité de domaines (des arts plastiques à
la philosophie en passant par l'histoire, le français, les mathématiques ou les
langues... sans oublier le travail social) serviront d'appui pour formaliser, à
partir de cette diversité, la place et le rôle de l'autre dans le processus
d'apprentissage.
3/ Agir collectivement pour s'émanciper. Contre la fatigue, l'épuisement, le renoncement à tout, il est plus que jamais indispensable de penser et d'agir avec d'autres. Une diversité de partenariats s'est tissée au fil de ces dernières années, dans comme hors l'école : dynamiques de formation d'équipes en RAR ; ateliers d'écriture à l'université de Bordeaux ; formations d'éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, de la Sauvegarde de l'Enfance ; travail avec les médiathèques, les municipalités ; formation ouvrière (IFOREP) ; intervention dans la formation des d'infirmières et de sages-femmes... Relations tissées en France comme à l'étranger : ainsi, les multiples interventions à la CGé ou dans l'association Lire & Ecrire en Belgique, les rencontres et initiatives dans le cadre du LIEN.
Dans le souci d'inscrire le GFEN dans l'actualité sociale et afin d'affiner
notre perception des enjeux actuels, nous avons sollicité Pierre Dardot,
co-initiateur de l'Appel des appels, qui œuvre à « une insurrection des
consciences ». Seuls, nous sommes impuissants. Ensemble, nous pouvons
peser bien plus que nous l'imaginons, en tant que force sociale d'influence. Si
la fatalité est d'abord dans les têtes, à nous, collectivement,
d' « agir notre développement »...